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Les Français sont-ils plus pauvres que leurs voisins européens ?

Economie
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Depuis 2022, le PIB par habitant de la France se situe sous la moyenne de celui de l’UE. Mais que signifie réellement ce chiffre et faut-il s’en inquiéter ? Quel PIB par habitant dans l’UE ? En 2024, le PIB par habitant de la France s’élevait à 39 200 en standard de pouvoir d’achat (SPA), selon des données provisoires de l’institut européen de statistiques Eurostat. Ce chiffre place le pays au 12e rang de l’UE. La moyenne européenne se situait légèrement au-dessus, à 39 900 SPA.

Le SPA est une unité créée pour éliminer les différences de prix entre les pays afin de faciliter la comparaison entre États. Le PIB d’un pays correspond à la valeur des biens et des services produits dans ce territoire. Il permet de donner une indication sur la richesse produite. Le PIB par habitant, qui rapporte le PIB à la population résidente, donne une indication du niveau de vie moyen de cette population.

Selon ces données, les États membres disposant du plus haut PIB par habitant en 2024 étaient le Luxembourg (près de deux fois et demie le niveau de la France), l’Irlande et les Pays-Bas. Au contraire, les niveaux les plus bas se retrouvaient en Bulgarie (une fois et demie moins que la France), en Lettonie et en Grèce. La France se situait légèrement au-dessus de l’Italie et de l’Espagne, mais nettement en dessous de l’Allemagne (46 400 SPA).

Le PIB par habitant de la France est passé sous la moyenne européenne en 2022. En revanche, mesuré sans correction du coût de la vie (monnaie courante), il reste supérieur à la moyenne. Mais cette mesure est moins pertinente pour comparer le pouvoir d’achat réel entre pays.

Pourquoi ce déclin ?

Ce recul est relatif : en 2015, la France se situait au-dessus de la moyenne européenne (à 30 400 SPA contre 29 500), mais occupait déjà la 10e place. Elle a donc perdu deux places en près de 10 ans.

Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. La France pâtit de « faiblesses structurelles durables », telles qu’un faible taux d’emploi, un « chômage élevé notamment chez les jeunes » et une « productivité en perte de vitesse », citait Isabelle Job-Bazille, économiste et directrice des études économiques du groupe Crédit Agricole, dans une note publiée en mars.

En effet, la productivité du travail, qui mesure l’efficacité du travail pour produire des biens et des services, a baissé. Si son ralentissement concerne l’ensemble des pays développés, il a été plus marqué en France depuis la pandémie de Covid-19 que dans les autres pays de la zone euro. Cet écart s’explique par plusieurs facteurs, qui ne sont pas tous nécessairement révélateurs d’un affaiblissement de l’économie, comme le « recours massif à l’apprentissage » ou la hausse de l’emploi moins qualifié, selon une étude de la Banque de France en 2024.

D’autres éléments peuvent jouer, comme un niveau de compétences plus faible en France que dans certains autres pays. Ainsi, les performances des élèves et des adultes en France se situent en dessous de la moyenne de l’OCDE, une organisation regroupant 38 pays parmi les plus industrialisés du monde, selon des études publiées en 2023 et 2024. Le classement Pisa (qui évalue les élèves de 15 ans dans plus de 80 pays) montre que les inégalités entre élèves, en raison de l’origine sociale ou du fait d’être issu de l’immigration, pèsent davantage en France qu’ailleurs, expliquant en partie ces résultats.

Un chiffre pas si inquiétant

La structure démographique contribue aussi à expliquer le niveau du PIB par habitant de la France. Elle se distingue par une population plus jeune que la moyenne européenne, avec une proportion élevée de moins de 15 ans. Cela pèse sur le PIB par habitant à court terme (puisque les enfants ne contribuent pas à la production), mais représente un avantage sur le long terme, contrairement à d’autres pays, comme l’Italie par exemple, qui perdent des habitants.

Par ailleurs, des pays comme le Luxembourg (97 700 SPA) et l’Irlande (88 500 SPA) augmentent artificiellement la moyenne européenne. En effet, le PIB du Luxembourg est alimenté par les travailleurs frontaliers (représentant 47% des salariés du pays en 2022), qui ne sont pas pris en compte dans la division par le nombre d’habitants. De plus, le Luxembourg et l’Irlande sont des pays dotés d’une fiscalité qui attire les multinationales, dont les bénéfices sont en grande partie rapatriés à l’étranger plutôt que redistribués au sein de la population locale. Un autre indicateur, le revenu national brut (RNB), atténue ces effets en se fondant non pas sur le lieu de production des richesses, mais sur le lieu de résidence de ceux qui les perçoivent. En France, le RNB par habitant est proche du PIB par habitant, tandis qu’il est nettement inférieur au Luxembourg (deux fois moindre).

Enfin, le PIB par habitant donne une indication du niveau de vie dans un pays, mais ne prend pas en compte d’autres facteurs, tels que les inégalités ou l’apport des services publics. Ces derniers jouent un rôle important pour mesurer la situation socio-économique dans un pays. « La France, malgré un PIB par habitant plus modeste, demeure l’un des pays les plus riches grâce au niveau de vie qu’assurent ses services publics », conclut ainsi Isabelle Job-Bazille dans sa note.

La France compte moins de personnes pauvres que la moyenne

Le niveau de vie d’un pays se reflète aussi dans la proportion de personnes pauvres qui y résident, mesurée par le taux de pauvreté. Des pays riches selon le PIB par habitant peuvent avoir un taux de pauvreté supérieur à celui de la France, comme c’est le cas par exemple du Luxembourg.

La France comptait moins de personnes pauvres (14,3 %) que la moyenne dans l’UE (16,9 %) en 2021, selon une étude publiée en septembre par la Drees, la direction des études du ministère de la Santé. Le taux de personnes modestes était toutefois légèrement plus élevé en France (12,6 %) que la moyenne (11,7 %). En additionnant les deux, la France reste sous la moyenne européenne. « Le taux de pauvreté est particulièrement élevé en Europe du Sud et dans certains pays d’Europe de l’Est », souligne la Drees.

Les personnes pauvres sont définies dans cette étude comme celles dont le niveau de vie est inférieur à 60 % de la médiane du pays de résidence. Celui des personnes modestes est quant à lui situé entre le seuil de pauvreté et 75 % du niveau de vie médian du pays.

Les plus touchés par la pauvreté en Europe sont les personnes seules, les familles monoparentales ou nombreuses, les chômeurs, les jeunes et les immigrés. En France, la précarité touche moins les retraités que la moyenne européenne, mais elle concerne particulièrement les étudiants.

Article rédigé par Brief.eco

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