L’élargissement de la zone euro : défis et impacts de l’intégration d’un nouveau pays à travers l’exemple bulgare
Le 1er janvier 2026, la Bulgarie est devenue le 21e État membre de la zone euro. Les pays intégrant cette union monétaire doivent remplir une liste de critères et franchir plusieurs étapes. Leur adhésion a un impact à la fois pour eux et pour la zone.
Historique de l’élargissement de la zone euro
Parmi les 27 États membres de l’UE, 21 font aujourd’hui partie de la zone euro. La monnaie unique a commencé à être utilisée le 1er janvier 1999 par 11 pays, dont la France, entre autres pour des paiements électroniques. Les pièces et les billets ont commencé à circuler trois ans plus tard, en 2002.
Parmi les objectifs de l’adoption de l’euro figure le fait de « faciliter les échanges entre Européens, aussi bien pour les particuliers » que pour les entreprises, surtout en éliminant le risque de change (lié aux variations du taux de change). Cette adoption doit aussi permettre de favoriser « le commerce intérieur » au sein de l’Europe, de poursuivre l’intégration européenne et d’y améliorer la stabilité économique, explique la Banque de France, la banque centrale française, sur son site. L’euro est toutefois considéré par une partie des économistes comme une « monnaie incomplète », en raison d’une intégration politique et budgétaire insuffisante au regard de l’unification monétaire.
Depuis la création de la zone euro, 10 pays de l’UE se sont ajoutés au groupe fondateur de 1999. Ceux qui l’ont fait le plus récemment sont la Lituanie (2015), la Croatie (2023) et la Bulgarie en 2026. L’adoption de l’euro en Croatie a favorisé « l’intégration commerciale et financière » du pays, l’a « rendu plus attractif pour les investissements » et a renforcé la résilience de son économie, selon le gouverneur de la banque centrale croate en 2024. L’impact du passage à l’euro sur les prix s’est élevé à 0,4 %, avait-il alors rapporté.
La Bulgarie, pays le plus pauvre de l’UE selon le PIB (la production totale de biens et de services, par habitant), est entrée dans la zone euro le 1er janvier 2026, après que les institutions européennes ont estimé qu’il remplissait les critères d’adhésion. Les autorités bulgares, monétaires et politiques, en attendent aussi stabilité et intégration économique.
Quels critères pour rejoindre la zone euro ?
Tous les États membres de l’UE doivent normalement rejoindre la zone euro une fois qu’ils ont rempli les critères de convergence. Seul le Danemark, qui a négocié une clause d’exception, n’est pas tenu d’adopter la monnaie unique.
Parmi les six autres pays membres de l’UE, mais pas de la zone euro, certains s’en tiennent à l’écart par choix, comme la Suède qui ne satisfait pas volontairement aux critères d’adhésion, et d’autres le souhaitent, mais ne le peuvent pas encore, comme la Roumanie. Six pays qui ne font pas partie de l’UE utilisent cette monnaie, comme Andorre, Monaco ou le Monténégro (voir infographie). Si les micro-États ont conclu à cette fin un accord avec l’UE, le Monténégro et le Kosovo l’utilisent unilatéralement et n’ont pas suivi le processus d’adhésion.
Pour rejoindre la zone euro, les pays doivent remplir certains critères de convergence économique et de convergence juridique. Ces critères incluent « un degré de stabilité des prix durable », avec un taux d’inflation limité, des « finances publiques saines et viables », avec un déficit public et une dette publique maintenus sous un certain seuil du PIB, ou encore la stabilité des taux de change, selon une liste définie par le traité de Maastricht de 1992.
Comment s’effectue le passage ?
Pour entrer dans la zone euro, en plus de remplir ces critères, un pays doit pendant au moins deux ans participer au mécanisme de taux de change (MCE II), qui fixe la parité entre sa monnaie nationale et l’euro. C’est cette condition que la Suède a choisi de ne pas respecter.
La Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne, l’une des deux branches exécutives de l’UE, évaluent ensuite si les pays satisfont durablement aux critères de convergence et sont prêts à adopter l’euro. Le Conseil de l’UE, qui rassemble les ministres des États membres en fonction du sujet concerné, décide alors de leur entrée dans la zone euro.
Après la validation par l’UE de l’entrée de la Bulgarie dans la zone euro en juillet 2025, le pays a engagé une phase de transition afin de préparer l’introduction de la monnaie, par exemple via l’adaptation des distributeurs ou le double affichage des prix. Après le passage officiel le 1er janvier, l’ancienne monnaie (le lev) a continué à circuler pendant un mois, avant de cesser d’avoir cours légal. Jusqu’au 30 juin 2026, changer des leva en euros est possible sans frais bancaires et selon le taux officiel.
Le passage d’un pays à l’euro implique, selon le site du Conseil européen et du Conseil de l’UE, le « transfert de la responsabilité en matière de politique monétaire » à la BCE, la participation à une « gestion coordonnée des crises » au sein de la zone, ou encore « une coordination plus étroite des politiques budgétaires nationales ».
L’intégration d’un nouveau pays peut aussi avoir un impact pour la zone euro. Celle de la Bulgarie, où l’inflation s’élevait à 3,5 % en décembre 2025, peut encourager des « pressions inflationnistes », soulignait Alexandre Mirlicourtois, économiste pour le cabinet d’analyse Xerfi, dans une note de janvier. Il estimait aussi que « l’importance des flux financiers illégaux pour un pays où la corruption reste un problème » était susceptible « de compromettre l’efficacité de la politique monétaire » de la zone euro et justifiait un renforcement des politiques de « supervision et de lutte contre le blanchiment de capitaux ».
L’impact économique sur les pays après leur intégration
Outre les adaptations institutionnelles, le fait de passer à l’euro a un impact sur l’économie d’un pays. Le bénéfice principal est l’élimination du risque de change et des coûts de transaction avec les autres États membres de la zone euro. Cette évolution influe positivement sur le commerce extérieur et sur l’intégration d’un pays aux marchés internationaux, détaillait en 2010 l’OCDE, organisation intergouvernementale d’études économiques.
La crainte principale associée au passage à l’euro porte le plus souvent sur l’inflation. À titre d’exemple, lors du passage du franc à l’euro à partir de 2002, la hausse des prix a été « relativement modérée » en France, précisait l’Insee en 2017. L’institut national de statistiques notait toutefois « des divergences accrues » entre mesure réelle de l’inflation et perception par les ménages.
Cet écart s’explique en partie parce que des produits fréquemment achetés, tels que le pain ou le café, ont connu une inflation plus élevée que d’autres, en raison de « l’effet d’arrondi des prix » au moment du passage (en arrondissant à l’euro supérieur), alors que les prix d’autres produits moins courants comme des appareils d’électroménager ont diminué.
L’une des autres conséquences majeures du passage d’une monnaie nationale à la monnaie unique, et qui peut justifier les oppositions, est la perte d’autonomie concernant la politique monétaire d’un pays. Avec, comme contre-argument, l’avantage du poids d’une monnaie bien plus forte à l’international. L’euro est en effet la deuxième monnaie du système monétaire international, derrière le dollar, représentant « 20 % des réserves mondiales de change et 30 % des transactions quotidiennes sur le marché des changes au niveau mondial », rapporte la Banque de France.
Article rédigé par Brief.eco